«Vivre avec une maladie chronique»

Diagnostic préimplantatoire

04.06.2014

Pas question d'en rester à l'interdiction du diagnostic préimplantatoire. Par 157 voix contre 22, le Conseil national a rejeté mardi 3.6.2014 deux tentatives d'enterrer la révision permettant aux couples qui risquent de transmettre une maladie grave à leur enfant de recourir à cette technique. Le débat se poursuit.

Le diagnostic préimplantatoire permet d'analyser un embryon conçu in vitro pour y dépister d'éventuelles anomalies avant son implantation dans l'utérus. A l'heure actuelle, un couple ne peut détecter la transmission d'une maladie grave que pendant une grossesse, ce qui conduit souvent à un avortement.

Ainsi, la Suisse pratique la médecine à deux vitesses, a noté Jacques Neirynck (PDC/VD) au nom de la commission. Les couples aisés se rendent à l'étranger pour obtenir un diagnostic préimplantatoire. Les moins nantis n'ont pas la possibilité de pratiquer le tourisme médical.
Boîte de Pandore

A l'opposé, les milieux conservateurs religieux ont contesté en vain toute ouverture. Pour Marianne Streiff (PEV/BE), le diagnostic préimplantatoire induit un système de sélection et d'instrumentalisation de la vie en devenir. Stefan Müller (PDC/SO) a parlé de "pente glissante".

Ne pas légiférer, c'est pratiquer la politique de Ponce Pilate, a jugé Jean-François Steiert (PS/FR). Pour Urs Gasche (PBD/BE), les opposants au diagnostic préimplantatoire, au nom du respect de la vie humaine, favorisent finalement l'avortement. C'est absurde, a lancé Christian Wasserfallen (PLR/BE).

Cette technique doit être strictement réglementée pour éviter les dérives, a fait valoir Kathy Ricklin (PDC/ZH). Son collègue UDC Christoph Mörgeli a abondé en ce sens, fustigeant l'idée d'autoriser les "bébés sauveurs", sélectionnés parmi des embryons à même de faire par la suite un don de cellules souches à un frère ou une soeur malade.

Isabelle Chevalley (PVL/VD) s'est au contraire montrée irritée par les barrières excessives mises aux couples infertiles ou risquant de transmettre une maladie grave à leurs enfants.
Votation prévue

Il faut se méfier des certitudes dans ce domaine, qui touche à des sensibilités extrêmes sur le plan moral, économique ou scientifique, a rétorqué Alain Berset. Et le ministre de la santé de plaider pour une solution assurant un équilibre entre les différents intérêts en jeu.

Aujourd'hui, une interdiction totale prime. Il faut trouver une solution praticable et à même de réunir une majorité, car le peuple aura le dernier mot. L'introduction du diagnostic préimplantatoire exige en effet une modification constitutionnelle. Sans parler d'un éventuel référendum contre la loi précisant les détails.

Le débat relève plus de l'éthique personnelle que de convictions partisanes. Les groupes politiques sont divisés.
Examen de détail

La Chambre du peuple entame maintenant l'examen de la loi. La majorité de sa commission lui propose de suivre une voix plus libérale que celle choisie par le Conseil des Etats. Elle propose par exemple d'autoriser le dépistage de la trisomie 21. Nombre de pays européens, comme l'Espagne ou la Grande-Bretagne, pratiquent ce système.

Une courte majorité veut aussi autoriser la sélection de "bébés sauveurs". La commission a refusé de limiter à huit le nombre d'embryons pouvant être développés par cycle de traitement en vue d'un diagnostic préimplantatoire, et à trois pour une fécondation in vitro (FIV) "normale". Pour elle, il devrait être possible de développer autant d'embryons que nécessaire.

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